Les catégories de médiévistes:

Aujourd'hui, les troupes de médiévistes sont devenues nombreuses, et les fêtes drainent un public toujours plus varié. Pourtant, toutes ne proposent pas la même chose. Dans la plupart des cas, une première distinction facile se fait : les fêtes médiévales historiques, basées sur l'Histoire (oui avec un grand H) et celles plutôt fantastiques basée sur DES histoires (histoires d'elfes, de nains, de dragons).

C'est la suite qui se complique et qui divise souvent les médiévistes : car sur les fêtes médiévales dites Historique, selon le degré de rigueur et d’authenticité recherché, les querelles commencent : tel objet n'est pas conforme, telle couleur trop clinquante, tel système de fermeture est aberrant...
Pourquoi? Et bien parce qu’il existe différents "niveaux" dans les démarches des médiévistes.

Globalement, on admet généralement trois niveaux :
L'évocation
La reconstitution
L'histoire vivante

Quel est le meilleur choix? Aucun et tous à la fois ! Chacun permet de vivre sa passion selon ses désirs. Mais il est important de savoir ce que veulent dire ces termes, pour bien comprendre ce que fait chaque groupes et associations, et si vous désirez en faire partie, ce que cela implique pour vous.


L'évocation : c'est souvent la porte d'entrée dans ce grand monde de fous furieux qui est le nôtre. L'évocation dérive du jeu d'enfant "et si on disait que j'étais un chevalier et toi une princesse." La casserole devient un casque, et la belle robe de carnaval une robe de princesse. L'évocation consiste à jouer le Moyen-âge de manière moderne. Avec nos tissus actuels, nos moyens actuels, mais également nos rêves. Tout le monde se fait une idée plus ou moins précise du Moyen-âge (même s'il s'agit d'une période de 1000ans). Un velours synthétique, une armure en plaque et un bouclier en amande, et c'est parti. Ou est le mal ? On trouve des fêtes, des jeux de rôles et des dizaines d'activités qui dépendent de l'évocation. Car un roi, un chevalier, un artisan ou une musicienne sont des personnages qui traversent le temps et qui inspirent. L’évocation a plutôt pour but le divertissement, puisque l’authenticité n’est pas la principale priorité et que les divers compromis et adaptations ne nuisent pas à sa réalisation.

L'étape suivante est la reconstitution historique : L'idée est la même que l’évocation, jouer le moyen-âge. Mais cette fois, avec une différence de taille : car on recherche le réalisme, la vraisemblance. Plus question d'un vague roi, nos livres d'histoire nous en disent plus. Louis IX pour le troisième quart du XIIIème siècle, Charles VII pour le XVème par exemple, voila le détail qui pointe le bout de son nez. Et tous les autres également. On se choisit une période précise, ainsi qu'une région géographique. La reconstitution historique se voulant crédible d'un point de vue visuelle; les tissus sont naturels, les couleurs conformes à ce que l'on sait de la période que l'on reconstitue. Les coupes des costumes se basent sur des "sources" : enluminures, statues, récits de personnes contemporaines à la période choisie. La différence principale entre évocation et reconstitution est donc le détail. Ce petit détail qui fait que, oui, vous pouvez être un chevalier de Thibaud IV de Champagne. Ce détail ? Voire ! CES détails, car chaque détail visible compte en reconstitution. C'est une activité que certains trouvent merveilleuse, d'autres horripilante au possible. Connaitre la largeur d'une ceinture? La gamme de teinte donnée par les plantes tinctoriales de l'époque? Le mode de fixation d'une paire de chausses ou d'une cape? Si la recherche de ces détails vous intéresse, vous intrigue, alors vous faites partie de cette deuxième catégorie de médiéviste : les reconstituteurs.

enfin, le troisième niveau est sans conteste l'Histoire vivante. Encore plus pointilleux que la reconstitution, ce n'est plus seulement l'apparence qui compte, mais aussi la façon de faire. L'histoire vivante, c'est vivre comme à l'époque que l'on reconstitue. Il est donc logique d'abandonner tous les éléments modernes, tel sous-vêtements ou crème solaire. L'Histoire Vivante se fixe pour objectif l'authenticité, et cela sous toutes ses formes. La réalisation des objets et costumes doit donc se faire elle aussi de manière authentique. Les costumes sont donc cousus à la main, et les techniques industrielles bannies de toutes fabrications. Inutile de vouloir cacher un détail gênant pour préserver l'apparence d'un objet, en Histoire vivante, il n'y a rien à cacher. Tout doit être historique. Cela implique un travail de recherche et de réalisation extrêmement conséquent, mais également des heures passionnantes de recherches, de discussions et d'expérimentations. Toutefois, c'est un niveau de réalisme qui attire encore peu de monde, mis à part quelques vrais passionnés et des archéologues qui trouvent là un prodigieux outil pour tester leurs théories.


Bien, nous avons défini trois niveaux dans cette passion. Si la gradation semble évidente, les termes choisis pour les nommer le sont-ils? Difficile à dire. La passion de la reconstitution nous vient surtout des anglo-saxons, des "reenactors" qui utilisent des termes différents. Nous connaissons aujourd'hui des groupes francophones dotés d'un niveau très élevé dans la reconstitution, voire même dans l'Histoire Vivante. Ce que l'on peut dire en tout cas c'est que l'évocation et l'Histoire vivante sont sans conteste les deux extrêmes de cette activité. Entre les deux, il peut exister autant de nuance qu'il existe de "reenactors" !



Par Benoît Villain, pour les Compagons de la Tour.

retour aux articles